Annata N.3 (2010)

Alessandro Dozio
Jubilus et suavitas: le malentendu de la légèreté dans la musique de Luigi Boccherini

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Depuis le grand travail de catalogage et d’analyse conduit par Yves Gérard au cours des années ‘60, un bienvenu regain d’intérêt pour l’œuvre de Luigi Boccherini a vu le jour. Une importante littérature consacrée tant à la biographie du musicien qu’à l’analyse de son œuvre est parue alors que l’édition des œuvres complètes a aussi été engagée.1

La considération souvent désinvolte que l’historiographie musicale a manifestée par moments envers sa musique reste toutefois une réalité regrettable. Cet état de fait s’avère révélateur d’une mauvaise écoute de son œuvre, d’un malentendu, au sens propre du terme, qu’il faut tenter d’expliquer. Pourquoi un Charles Rosen, par exemple, dans son ouvrage de référence sur la période classique viennoise, mentionne Boccherini seulement au passage pour rabaisser sa musique «falote et anodine» et «le nombre énorme de travaux agréables mais insipides» ? 2 Même un auteur aussi avisé qu’Alfred Einstein s’est mépris sur la valeur de sa musique qu’il ne semblait apprécier que pour ce «léger accent espagnol auquel elle doit sa plus grande séduction».3

La musique du maestro de Lucca se soustrait en effet aux catégories harmoniques et formelles utilisées par les musicologues de référence pour définir le style classique.4 Irréductible au modèle viennois, son œuvre est alors passée en marge de la valorisation de ce dernier. La diffusion de sa musique en souffre toujours malgré les efforts consentis par tous ceux qui ont contribué au renouveau de l’intérêt pour sa production. Aujourd’hui encore, ses compositions ne figurent pas aussi souvent qu’elles le méritent dans les programmes de concert, sa discographie demeure incomplète5 et ses partitions, pourtant largement diffusées de son vivant, restent pour beaucoup l’apanage des musiciens professionnels.6


1 Voir notamment remigio coli, Luigi Boccherini. La vita e le opere, Lucca, Pacini Fazzi, 2005; elisabeth le guin, Boccherini’s Body: an Essay in Carnal Musicology, Berkeley, University of California Press, 2006; marco mangani, Luigi Boccherini, Palermo, L’Epos, 2005; jaime tortella, Errors, myths and legends around Luigi Boccherini, « Boccherini Online », 1, 2008, et leurs renvois bibliographiques. Voir aussi, le volume 33, numéro 2, de mai 2005, de la revue Early Music. D’autres repères bibliographiques, sources et documents sont accessibles sur les sites
www.angelfire.com/wi/boccherini/,
www.boccherinionline.it,
epub.library.ucla.edu/leguin/boccherini/,
www.luigi-boccherini.org/
(site de l’Asociación Luigi Boccherini)
et www.luigiboccherini.org/ (site du Centro Studi Opera Omnia Luigi Boccherini).
Pour l’édition critique des œuvres, placée sous la direction de Christian Speck, voir www.luigiboccherini.com.

2 charles rosen, The Classical Style: Haydn, Mozart, Beethoven, expanded ed., New York, Norton, 1998, pp. 264 et 48 (notre traduction).

3 alfred einstein, La musique romantique, Gallimard, Paris, 1959, p. 389.

4 Pour un examen des spécificités de la musique de Boccherini par rapport à l’idéologie du style classique, voir mangani, Luigi Boccherini, pp. 97ff.

5 Les lacunes dans la discographie boccherinienne sont nombreuses en ce qui concerne les trios, les quatuors et en particulier les quintettes. L’ensemble La Magnifica Comunità a entrepris l’initiatve bienvenue d’enregistrer l’intégrale des quintettes pour le label Brillant Classics dont il a diffusé à ce jour 8 volumes sur CD.

6 Aucun opus complet des trios, quatuors et quintettes n’est disponible auprès des grandes maisons d’édition pour mélomanes telles Dover ou Eulenburg. Un nombre significatif de quintettes, édités par les soins de Pina Carmirelli, est disponible chez l’Istituto Italiano per la Storia della Musica (www.iism.it/).

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